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Eradiquer la pauvreté pour 2030 est un rêve qui s'éloigne, selon un expert de l'ONU

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GENEVE (7 juillet 2020) – La pandémie du Covid-19 menace de famine 250 millions de personnes supplémentaires et douche les espoirs d'éradiquer la pauvreté pour 2030, constate un expert de l'ONU dans un rapport publié aujourd'hui.

Le rapport, présenté aujourd'hui au Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU par Olivier De Schutter, Rapporteur Spécial sur l'extrême pauvreté et les droits de l'homme, a été préparé par son prédécesseur Philip Alston. Il dénonce la manière dont les gouvernements ont tablé sur la croissance économique comme moyen de réduire la pauvreté. Il relève que l'agenda 2030 de l'ONU reposant sur les Objectifs de développement durable prend appui sur une mesure de la pauvreté promue par la Banque mondiale, fixée à un niveau beaucoup trop bas, permettant aux gouvernements de se se conforter dans l'illusion que des progrès significatifs sont réalisés dans la lutte contre la pauvreté.

Le rapport rappelle que la pandémie va faire croître les chiffres de l'extrême pauvreté de 176 millions d'individus, renforçant l'exclusion que subissent de longue date les personnes ayant des faibles revenus, parmi lesquelles les femmes, les travailleurs migrants et les réfugiés sont sur-représentés. Le bilan catastrophique de la communauté internationale dans la lutte contre la pauvreté, les inégalités et le mépris des vies humains précède la pandémie.

"De nombreux dirigeants, économistes et leaders d'opinion se sont félicités des progrès en matière de réduction de la pauvreté, qu'ils ont présenté comme une des grandes victoires de notre époque", dit le rapport. "La réalité, c'est que des milliards de personnes ne bénéficient pas d'une réelle égalité des chances, sont confrontées à des atteintes à leur dignité et affrontent la faim et le risque de décès prématurés, et ne jouissent pas des droits humains fondamentaux". 

"Trop souvent, les dividendes de la croissance économique soit se font attendre, soit ne sont pas équitablement répartis", dit le rapport. "L'économie mondiale a doublé depuis la fin de la guerre froide, mais la moitié de l'humanité vit encore sous le seul de 5,50 USD par jour, principalement parce que les fruits de la croissance sont largement allés aux plus riches."

Le monde a besoin de nouvelles stratégies, d'une mobilisation plus forte, d'un renforcement du pouvoir des personnes en grande pauvreté et d'une meilleure reddition des comptes, "si on veut cesser d'avancer tels des somnambules vers un échec assuré en continuant de produire des rapports sans relief", dit le rapport. La justice fiscale est essentielle si l'on veut que les gouvernements puissent effectivement financer la protection sociale: en 2015, les sociétés transnationales ont déclaré environ 40 pour cent de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, tandis que les taux moyens d'imposition sur les sociétés à l'échelle mondiale sont passés de 40,38 pour cent en 1980 à 24,19 pour cent en 2019. De Schutter a également appelé à la mise sur pied d'un fonds mondial pour la protection sociale afin de soutenir les efforts des pays visant à garantir le droit à la sécurité sociale de leurs populations.

"La croissance seule, sans des politiques de redistribution beaucoup plus fortes, échouera à réduire efficacement la pauvreté", dit De Schutter. "Sur la base des taux de croissance historiques, l'éradication de la pauvreté mesurée à 5 USD par jour prendra encore 200 ans, et exigera une multiplication par 173 du PIB mondial". Ceci, ajoute-t-il, "est totalement irréaliste, y compris car cela ne tient aucun compte de la dégradation environnementale qui accompagne la croissance économique, et n'intègre pas les impacts du changement climatique sur la pauvreté elle-même". 

"Je salue ce rapport, qui rappelle que la pauvreté n'est pas seulement une question de revenus trop faibles", dit De Schutter. "La pauvreté est aussi une question d'exclusion du pouvoir, de maltraitance institutionnelle et sociale, et de discrimination. La pauvreté est le prix que nous payons pour des sociétés qui excluent des personnes dont les contributions ne sont pas reconnues. Eradiquer la pauvreté, c'est construire des sociétés inclusives qui passent d'une approche caritative à une approche d'autonomisation basée sur les droits."

De Schutter présentera aussi les rapports de son prédécesseur sur la Malaisie et l'Espagne.

FIN

M. Olivier De Schutter (Belgique) est le rapporteur spécial des Nations unies sur l'extrême pauvreté et les droits de l'homme. Il a pris ses fonctions en mai 2020. M. De Schutter est professeur de droit à l'UCLouvain et à SciencesPo (Paris). Il a été le rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation de 2008 à 2014, et membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturels entre 2015 et 2020.

Les rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand organe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations unies, est le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations spécifiques à des pays, soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel des Nations unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et servent à titre individuel.

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