Dix mille personnes doivent être libérées chaque jour pour mettre fin à l’esclavage d’ici 2030


Un jeune garçon travaille dans une briqueterie à Rawalpindi, dans la banlieue d’Islamabad au Pakistan, le 12 novembre 2009. @ PHOTO AFP/ NICOLAS ASFOURI« Six ans après le lancement de mon mandat en qualité de Rapporteuse spéciale, je constate avec tristesse qu'il reste encore un bien long chemin à parcourir pour faire disparaître l'esclavage, en dépit de l'abolition légale de l'esclavage dans le monde », a déclaré Urmila Bhoola, l'experte des Nations Unies sur les formes contemporaines d'esclavage.

« De toute évidence, il ne suffit pas de déclarer l'esclavage illégal pour prévenir et lutter contre ce phénomène, mais nous pouvons, et devons, faire bien plus pour mettre fin à l'esclavage d'ici 2030. »

Selon l'Organisation internationale du Travail, plus de 40 millions de personnes sont réduites en esclavage à travers le monde. En présentant son dernier rapport au Conseil des droits de l'homme à Genève, Mme Bhoola a souligné que la servitude risquait d'augmenter face aux changements rapides constatés dans le monde du travail, à la dégradation de l'environnement, à la migration et aux changements démographiques.

Elle a par ailleurs indiqué que plus de 64 % des esclaves travaillent dans le secteur privé, qu'un quart de la servitude à l'échelle mondiale concerne des enfants, et que 98 % des femmes et filles esclaves ont subi des violences sexuelles.

Les travailleurs du secteur informel, qui représentent 90 % de la main-d'œuvre dans les pays en développement, risquent davantage d'être exploités ou réduits en esclavage, a ajouté Mme Bhoola.

« Environ 85 % des 25 millions de jeunes qui entreront sur le marché du travail dans le monde d'ici 2030 se trouveront dans des pays émergents et en développement. Leur capacité à trouver un emploi offrant des conditions de travail décentes influencera leur degré de vulnérabilité face à l'exploitation, notamment face à l'esclavage », a-t-elle décrit.

Les chiffres qu'elle a présentés ont permis de « tirer la sonnette d'alarme » pour pousser les pays à lutter plus efficacement contre l'esclavage, étant donné que « 10 000 personnes doivent être libérées chaque jour pour éliminer les formes contemporaines d'esclavage d'ici 2030 », a-t-elle ajouté en citant des chiffres publiés récemment par l'ONG Walk Free.

Selon Mme Bhoola, certains États ont déjà choisi d'exclure des marchés publics les fournisseurs dont la chaîne d'approvisionnement présente des risques d'esclavage. D'autres gouvernements ont utilisé des dispositifs de lutte contre le blanchiment d'argent pour encourager les entreprises à empêcher que le produit de l'esclavage ne pénètre le système financier.

L'experte regrette cependant que les efforts déployés pour mettre fin à l'esclavage n'aient pas été suffisants. Comme elle le souligne, les condamnations prononcées contre les auteurs et la possibilité qu'ils soient poursuivis en justice restent minimes. 

« L'esclavage n'est pas du tout rentable économiquement ; ce phénomène entraîne une hausse des coûts de santé publique, des baisses de productivité, des externalités environnementales négatives et la perte de revenus », a souligné Mme Boola, qui propose une nouvelle approche de lutte contre l'esclavage caractérisée de « systématique, scientifique, stratégique, durable, perspicace et centrée sur les survivants ».

Mme Bhoola a appelé les États à mobiliser plus de ressources pour mettre fin à l'esclavage, et à adopter et mettre en œuvre des politiques capables d'arrêter ce fléau.

19 septembre 2019

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