Informer les gens, c’est les protéger


Gabriela Gorjón chez elle dans son bureau au Mexique pendant l’isolement forcé dû à la pandémie de COVID-19

Depuis le premier cas de COVID-19 en février dernier, le Mexique a signalé, en date du 24 mai, 68 620 personnes affectées et 7 394 décès.

Le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) au Mexique travaille sans relâche pour fournir des informations fiables et précises sur le virus, les mesures d'urgence et les problèmes liés aux droits de l'homme qui en découlent.

Gabriela Gorjón, fonctionnaire de l'information pour le Bureau, œuvre au démantèlement des silos d'information, en aidant à créer des campagnes d'information interrégionales pour aider à faire la distinction entre les faits et la fiction pendant la pandémie.

Comment la pandémie de COVID-19 a-t-elle affecté votre travail ?

La pandémie de COVID-19 a généré beaucoup de travail pour l'unité des communications et des médias, en raison de l'augmentation de la demande d'informations fiables et de la nécessité de lutter contrer la désinformation croissante autour de la pandémie, mais au niveau social elle a favorisé une plus grande collaboration entre les fonctionnaires de l'information dans toute l'Amérique latine. Cela nous a obligés à devenir plus créatifs pour trouver des réponses à des choses que nous n'aurions pas pu imaginer auparavant.

Sur le plan personnel, cela a également permis de prendre encore plus conscience du privilège et de la responsabilité de travailler à l'ONU. Notre travail est vraiment incroyable, quand on rencontre quelqu'un dont les droits de l'homme ont été violés et qu'on l'accompagne dans ce qui s'avère parfois être le pire moment de sa vie. Et c'est vraiment touchant. Parfois, c'est frustrant, car on ne peut pas en faire autant que ce que l'on voudrait. Mais en même temps, on est les premiers à voir à quel point une situation difficile peut rendre les gens plus forts et comment ils peuvent transformer cette situation en quelque chose de beau. C'est dur de se rendre compte de cela de loin. Malgré cela, nous continuons par exemple à faire le lien entre les victimes et les médias pour les aider à faire entendre leur voix.

Que fait le bureau du HCDH au Mexique pour aider à protéger et promouvoir les droits de l'homme pendant cette crise ?

Il a toujours été important d'obtenir des informations fiables et critiques. Cependant, en cette période de crise, cela s'avère encore plus important. Nous avons donc mené des efforts considérables pour essayer de mettre en œuvre les normes internationales en matière de droits de l'homme et d'autres [pour le public]. Nous sommes convaincus qu'informer les gens, c'est les protéger. Quand vous recevez des informations fiables et respectueuses, et que vous vous dites « Oui, c'est bien ça. Ces gens ne mentent pas, c'est vrai », alors vous donnez aux gens les moyens de se protéger et de protéger les autres.

Nous avons également beaucoup travaillé avec le gouvernement mexicain par exemple pour faire changer les choses. [Le Bureau a lancé] des lignes directrices qui ont permis d'éviter que des personnes décédées de la COVID-19 soient incinérées sans avoir été identifiées. Au Mexique, les disparitions sont un énorme problème. Nous comptons plus de 60 000 personnes disparues.

Dans certains États [du Mexique], nous étions déjà confrontés au fait que des personnes étaient incinérées sans avoir été identifiées. Et c'était vraiment, vraiment éprouvant pour les familles à la recherche de leurs proches, de membres de leur famille. Il existe à présent des directives selon lesquelles personne ne peut être incinéré sans avoir été auparavant identifié ou sans que leur famille ait eu la possibilité de récupérer le corps. Ces corps sont conservés de manière respectueuse pour pouvoir être identifiés plus tard.

Quels ont été les principaux défis et leçons tirées jusqu'à présent pendant la pandémie ?

Il est parfois difficile de parler à un public ou d'établir des liens avec un public qui n'est pas encore convaincu. À l'heure actuelle, presque tout le monde a la possibilité de s'informer. Ils ont leur smartphone et les médias sociaux, et les gens sont très actifs sur les réseaux sociaux ici au Mexique. Les gens s'informent donc à travers les médias sociaux.

Mais en même temps, n'importe qui peut diffuser n'importe quelle information [sur ces médias]. C'est donc un énorme défi.

 Nous devons pouvoir identifier quelles informations sont vraies, celles qui ne le sont pas, les fausses nouvelles, etc. Il est difficile pour nous de diffuser des informations véritablement fiables, mais pas seulement cela, elles doivent aussi être compréhensibles. Elles doivent être concrètes et intéressantes.

Pourquoi est-il important de soutenir ensemble les droits de l'homme pendant cette pandémie ?

Dans le cadre du HCDH, nous estimons que nous devons montrer la voie pour façonner le monde dans lequel nous voulons vivre après cette crise. Un monde juste pour tout le monde, où les décisions prises reposent sur les droits de l'homme, par exemple. Nous devons renforcer ces fondations. Je pense que nous devons le faire. Et nous ne pouvons y arriver que si nous le faisons ensemble.

Gabriela explique l'importance de disposer d'informations fiables pour promouvoir les droits de l'homme dans la vidéo suivante.


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29 mai 2020

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