Une défenseuse des droits de l’homme du mouvement LUCHA espère que son combat aidera à faire changer les choses en République démocratique du Congo


« Je suis une femme. J'ai des responsabilités. Je dois protéger ma famille, mais je dois aussi lutter pour mon pays. Être emprisonnée en tant que militante dans mon pays, c'est comme avoir commis un crime », déclare Rebecca Kabuo, une défenseuse des droits de l'homme congolaise.

Rebecca Kabuo, décembre 2019. © Dev TV

Rebecca est née il y a 25 ans à Goma, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Ayant grandi dans la pauvreté et la guerre, à 19 ans, elle décide de s'impliquer et de lutter pour un changement positif dans son pays. En 2012, elle rejoint LUCHA (qui signifie « lutte pour le changement »), un mouvement non violent créé en République démocratique du Congo afin de sensibiliser l'opinion publique aux droits de l'homme et aux devoirs de chacun, et de mener une action citoyenne pour exiger une gouvernance plus transparente, sûre et solide de la part de la fonction publique.

« J'ai vu le courage, l'enthousiasme, la détermination des militants de LUCHA et je me suis dit « pourquoi pas moi ? » « J'ai aussi rejoint LUCHA car j'étais indignée par les problèmes dans mon pays », explique Rebecca. « Je me suis dit que, dans les partis politiques, il y a peut-être des dirigeants, quelqu'un qui prend des décisions... Mais à LUCHA, tout le monde est logé à la même enseigne. On peut avoir nos propres idées et on a le droit de partager ces idées ; c'est ce qui m'a donné le courage, l'envie de rejoindre LUCHA. »

Rebecca a été arrêtée pour la première fois en mars 2015 lors d'une manifestation pour réclamer la libération de militants détenus par l'Agence nationale de renseignement, et qui prévoyaient une manifestation pour appeler l'ancien Président Joseph Kabila à respecter la Constitution et à tenir des élections à la fin de son mandat. À l'époque, les médias internationaux ont décrit Rebecca Kabuo comme étant la plus jeune prisonnière politique au monde. Elle a été arrêtée plus d'une dizaine d'autres fois au cours de manifestations pacifiques, et torturée par la police et les services de sécurité de l'État hostiles au militantisme de LUCHA.

« Vous vous imaginez, une femme qui passe six mois, un an, deux ans en prison sans aucun contact avec sa famille, avec ses enfants ? Ils font cela pour vous rabaisser, pour vous détruire une fois de plus. Cela brise vos rêves et vos convictions. Même en prison, j'ai des droits, je suis un être humain. On doit aussi respecter ma dignité en prison », explique Rebecca.

« Mais quand je suis en prison, c'est aussi une forme de lutte contre les injustices qui se produisent dans nos prisons en RDC. J'y ai appris des choses, c'était un moment de souffrance, bien sûr, mais cela m'a poussée à continuer à lutter », ajoute-t-elle.

Grâce à son impartialité, à sa direction horizontale, au courage de ses militants et à ses actions non violentes, LUCHA a élargi son influence sociale et politique en République démocratique du Congo. Ainsi, plusieurs Congolais ont rejoint le mouvement à Goma et dans quelque 20 autres villes et agglomérations rurales du pays.

Rebecca a co-organisé plus de 150 manifestations pacifiques pour réclamer aux autorités politiques et administratives l'accès à l'eau potable, des routes revêtues, la gratuité de l'enseignement, l'amélioration des conditions de vie de la population, et la fin de la guerre qui est responsable du massacre de plus d'un million de personnes et du viol de plus de 200 000 femmes. Il semblerait que des solutions à certains problèmes aient été trouvées par les autorités congolaises.

Les militants de LUCHA ont également reçu plusieurs prix nationaux et internationaux, ce qui a rendu leur combat légitime, mais a aussi malheureusement déclenché une vague de répressions par des dirigeants politiques et de sécurité. De nombreux militants ont été arrêtés, détenus, enlevés, torturés et renvoyés de leur travail ou de leur université. L'un des pionniers du mouvement, Luc Nkulula, a trouvé la mort en juin 2018. Son corps calciné a été retrouvé à son domicile à Goma et les autorités ont déclaré le feu l'ayant tué comme étant accidentel.

Rebecca est devenue l'un des principaux militants de LUCHA et une véritable source d'inspiration pour de nombreuses jeunes femmes qui ont décidé de lutter pour le changement au Congo. En dépit de la répression et de la torture, elle a poursuivi ses études et, en juillet 2019, a obtenu un diplôme de psychologie clinique de l'Université libre des pays des Grands Lacs à Goma. Aujourd'hui, elle est la coordonnatrice de TENDO, un organisme à but non lucratif qu'elle a créé après son incarcération et qui travaille avec les détenus, en particulier des femmes.

« J'ai trouvé le courage de continuer malgré ce que j'ai vécu en tant que militante. J'ai toujours bon espoir qu'on arrivera un jour à garantir la dignité humaine et la justice sociale dans mon pays », estime Rebecca.

Avertissement : les idées, informations et opinions exprimées dans le présent article sont celles des personnes y figurant ; elles ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.

7 février 2020

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