Renforcer des générations de défenseurs des droits de l’homme, même pendant la COVID-19


Isha Kanu-Moriba, spécialiste des droits de l’homme, division des droits de l’homme de la MINUSS, État de l’Équatoria central, Soudan du Sud HCDH/ISHA KANU-MORIBA

Avant que la présidence du Soudan du Sud ne publie une déclaration annonçant des mesures visant à assouplir les restrictions précédemment adoptées pour contenir la propagation de la COVID-19 le 7 mai 2020, la division des droits de l'homme de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) avait reçu de nombreuses allégations de violations des droits de l'homme, notamment d'arrestations et de détentions arbitraires, de mauvais traitements et d'extorsion par les forces de défense et de sécurité nationales appliquant les mesures préventives contre la COVID-19.

Isha Kanu-Moriba est une spécialiste des droits de l'homme travaillant pour la division des droits de l'homme de la MINUSS. Elle est affectée au bureau local pour l'Equatoria central à Juba, la capitale du Soudan du Sud. Elle nous a expliqué comment elle continue à renforcer la capacité de la société civile et d'autres acteurs en vue de protéger les droits de l'homme et à signaler les violations.

Comment la COVID-19 a-t-elle affecté votre travail ?

La pandémie de COVID-19 est survenue au moment où j'étais sur le point de mener plusieurs actions en faveur des droits de l'homme. J'avais prévu une formation pour les étudiants de l'Université de Juba et les activistes de la société civile afin de créer un club des droits de l'homme à l'université. Les bénéficiaires de cette formation ont été profondément déçus, car ils avaient hâte d'en apprendre davantage sur les droits de l'homme. J'ai également dû interrompre mes réunions en face à face pour mener des enquêtes et surveiller les lieux de détention, ainsi que les réunions avec les partenaires locaux. 

Que fait le HCDH pour protéger les droits de la population pendant cette épidémie ?

La division des droits de l'homme de la MINUSS a suivi la situation des droits de l'homme après l'imposition de mesures restrictives visant à prévenir la propagation du virus par l'équipe spéciale nationale dédiée à la COVID-19. La division a suivi la manière dont les forces de sécurité mettent en œuvre ces nouvelles mesures. Mon bureau a suivi de près la situation dans les lieux de détention, surtout dans la prison centrale de Juba, dont les détenus viennent de tout le pays et qui est surpeuplé. La division a plaidé auprès des autorités judiciaires pour qu'elles réexaminent certaines affaires en vue de la libération éventuelle de suspects en détention provisoire et de détenus ayant des problèmes de santé ou condamnés pour des faits mineurs. Nous organisons aussi actuellement des émissions sur la radio de l'ONU pour sensibiliser les auditeurs à la pandémie, aux mesures de prévention et d'intervention à respecter et aux problèmes liés aux droits de l'homme à prendre en compte pendant la crise.

Quels sont les principaux enjeux liés aux droits de l'homme dans le cadre de la lutte contre la COVID-19 dans votre pays ?

Les mesures introduites par le Gouvernement du Soudan du Sud pour empêcher la propagation de la COVID-19 ont des conséquences directes sur les droits à la liberté de circulation, d'association et de réunion et, dans une certaine mesure, à la liberté d'expression. Elles ont par ailleurs affecté de manière indirecte l'accès à l'alimentation, aux soins de santé et à l'eau. Les forces armées gouvernementales faisant respecter le couvre-feu et les mesures d'éloignement physique violent de manière flagrante les droits de l'homme et les procédures de l'état de droit. Selon les informations que nous avons reçues, ils se livrent quotidiennement à des pillages et extorquent de l'argent aux civils, font un usage excessif de la force et procèdent à des arrestations arbitraires. Certains civils ont également été abattus durant le couvre-feu.

Quels ont été les principaux défis et leçons tirées jusqu'à présent pendant la pandémie ?

Notre principal défi est la restriction de nos déplacements : nous ne pouvons pas organiser de réunions comme auparavant par crainte d'une éventuelle exposition au virus, donc nos contacts se font uniquement par téléphone ou par courriel. La situation actuelle a montré l'importance d'avoir un rapport sain et étroit avec les partenaires locaux. Nous avons partagé avec eux des documents d'orientation pour les aider à comprendre les principales questions nécessitant un suivi et l'établissement de rapports. En effet, depuis le début de la crise, nous travaillons beaucoup plus étroitement avec eux, et ils tirent des enseignements de nos conseils et de nos demandes d'informations plus détaillées. En raison de la crise, les acteurs de la société civile sont davantage impliqués dans le suivi de la situation des droits de l'homme qu'ils ne l'étaient auparavant. Nous profitons tous de cette collaboration étroite et je suis convaincue qu'après cette formation « pratique », ils seront en mesure d'utiliser les connaissances qu'ils ont acquises dans d'autres contextes. 

Pourquoi est-il important de soutenir les droits de l'homme pendant cette pandémie ?

La crise actuelle a clairement mis en évidence la responsabilité collective envers les droits de l'homme et nous a fait prendre conscience que nous devons fournir des efforts et des ressources supplémentaires pour renforcer les capacités de nos parties prenantes nationales, notamment les institutions de l'État, les organisations de la société civile et surtout les étudiants, qui sont plus déterminés à changer le statu quo. 

9 juillet 2020


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