Expert : le travail de mémoire est l’un des piliers de l’apaisement, de la démocratie et de la paix


Des familles et des habitants se rassemblent devant des photographies de personnes disparues durant l’insurrection maoïste à Katmandou, au Népal.  © EPA/NARENDRA SHRESTHA On dit que ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. Dans des contextes transitionnels avec un passé marqué par des violations flagrantes des droits de l’homme, il est indispensable de se souvenir du passé afin de respecter les droits à la vérité, à la justice, aux réparations et aux garanties de non-répétition, a déclaré Fabian Salvioli, expert de l’ONU.

« Il est essentiel de reconnaître les graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire pour permettre aux victimes de retrouver leur dignité et à la société de reprendre confiance, afin d’avancer vers une culture de la paix », a déclaré Fabian Salvioli, Rapporteur spécial sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition.

M. Salvioli s’est exprimé à ce sujet lors de la présentation de son rapport devant le Conseil des droits de l’homme. Ce rapport porte sur le travail de mémoire comme composante essentielle – ou cinquième pilier – des processus de justice transitionnelle.

Selon ce dernier, l’hypothèse de base de la justice transitionnelle est qu’il est nécessaire d’affronter comme il se doit les crimes du passé, qui ont été commis pendant un conflit armé ou par un régime répressif, pour pouvoir construire une société démocratique, pluraliste, inclusive et pacifique. Reconnaître les crimes de guerre et les violations graves des droits de l’homme aide les citoyens à reprendre confiance, à la fois envers l’État et envers autrui.

« Le devoir de mémoire découle de sources principales et secondaires du droit international des droits de l’homme », a déclaré M. Salvioli. « Il est obligatoire et non pas optionnel pour les États dans lesquels des violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire ont été commises. »

Le processus mémoriel est actuellement confronté à ce que M. Salvioli appelle le « détournement de la mémoire à des fins belliqueuses ». Il s’agit de la tendance croissante à manipuler les informations et la mémoire au détriment des victimes, ainsi que de la stigmatisation de certaines communautés et la propagation des discours haineux encourageant la violence.

« Cela se produit sur les réseaux sociaux, contribuant à la polarisation et à la radicalisation des comportements violents dans la société », a-t-il expliqué. « Les États doivent prendre des mesures concrètes pour faire face à ces problèmes, et adapter les lois à cet effet. »

Selon l’expert, la voix des victimes de violations des droits de l’homme doit occuper une place privilégiée dans la construction de la mémoire.  Cela aide à établir une « vérité dialogique », c’est-à-dire à réunir les conditions nécessaires à l’instauration d’un débat permettant aux populations touchées d’expliquer un passé douloureux, sans justification, « en préservant la dignité des victimes, en apaisant les tensions et en permettant à la société de coexister en paix avec l’héritage des divisions passées, sans tomber dans un dangereux relativisme, créer une pensée homogène ou nier les violations commises. »

M. Salvioli estime que l’un des meilleurs moyens de garantir l’efficacité du processus de mémorialisation consiste à protéger les archives. Le rapport recommande que les archives des organes de l’État et des organisations de la société civile soient correctement conservées et accessibles.

« La protection de ces fichiers et leur accès sont un autre élément clé », a-t-il insisté. « Les États doivent garantir, à tous les niveaux, un accès illimité aux archives documentaires et l’ONU doit mettre en place des procédures pour partager ses propres archives, qui permettent de clarifier le passé de nombreuses sociétés et ainsi réaliser le droit à la vérité. »

5 octobre 2020

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