Les groupes vulnérables face à une plus grande discrimination due à la COVID-19 en Serbie


Milan Markovic, chef du Bureau du HCDH en Serbie

Une semaine après l'arrivée de la COVID-19 en Serbie le 6 mars 2020, l'état d'urgence a été déclaré. Depuis lors, plusieurs de préoccupations ont été soulevées concernant les droits de l'homme, notamment quant à l'accès inégal des groupes vulnérables aux soins de santé et à la protection sociale.

Au moment de la rédaction du présent article, 11 193 cas ont été officiellement recensés en Serbie et 239 personnes sont décédées (source : Organisation mondiale de la Santé).

Milan Markovic est le chef du Bureau du HCDH en Serbie.

Quels sont les principaux enjeux liés aux droits de l'homme en Serbie dans le cadre de la lutte contre la COVID-19 ?

La principale inquiétude est que les fossés et les inégalités déjà présents sont aujourd'hui exacerbés. Cela conduit à une plus grande division et à une discrimination encore plus importante. Certaines mesures de confinement affectent les plus marginalisés et les plus vulnérables.

Ils sont plus que jamais laissés pour compte à cause du confinement et de l'arrêt partiel du système. Bien que les mesures de santé et les restrictions aient porté leurs fruits – notamment la faiblesse des taux d'infection et de mortalité – elles ont eu un impact négatif direct sur les droits de plusieurs groupes et l'augmentation des risques auxquels ils sont confrontés.

En Serbie, plusieurs groupes nous inquiètent : les Roms, les personnes handicapées et les LGBTI ont tous un accès inégal à la protection sociale et aux soins de santé. Les femmes sont davantage exposées au risque de violence domestique et fondée sur le genre, avec des mesures de confinement qui les empêchent de quitter leur foyer. Nous sommes également préoccupés par le sort des migrants et des réfugiés. D'autres, comme les personnes présentant un handicap mental, sont incapables de quitter les lieux où elles résident, ou même d'aller dans leur jardin. Et les personnes en détention font face à la surpopulation carcérale, ce qui les rend plus vulnérables à la propagation du virus.

Que fait le HCDH pour protéger les droits de la population pendant cette pandémie ?

Nous suivons de près toutes les mesures adoptées dans le cadre de l'état d'urgence et nous surveillons leur impact sur les droits de l'homme. Sont-elles considérées comme proportionnelles à la situation et comment affectent-elles certains groupes particuliers ? Ce sont des questions que nous nous posons constamment et sur lesquelles nous nous basons pour formuler des recommandations au Gouvernement.

Notre travail dépend également de notre collaboration avec les organisations locales et les personnes qui travaillent dans le domaine des droits d'homme. Elles nous permettent d'obtenir des données et des informations de première main et nous aident dans nos efforts de sensibilisation. Notre coopération directe avec le Gouvernement a également été déterminante pour aborder plusieurs mesures d'atténuation dans le cadre de l'état d'urgence.

Nous identifions les besoins immédiats des groupes les plus vulnérables par rapport à plusieurs questions telles que l'accès aux soins de santé, à l'eau, au logement et à l'électricité. Nous fournissons ensuite ces renseignements au Gouvernement et à d'autres organismes impliqués dans les mesures d'intervention afin d'appuyer leurs activités.

L'un de nos principaux objectifs durant cette crise est de placer les droits de l'homme au cœur de la riposte et de la période de reprise à venir. Nous travaillons avec le système des Nations Unies, le Gouvernement et d'autres partenaires de développement pour nous assurer que les droits de l'homme ne sont pas oubliés en cette période critique de l'histoire.

Comment la COVID-19 a-t-elle affecté votre travail ?

Travailler en isolement à la maison a été très intense. Nous sommes une équipe de six personnes et nous travaillons environ dix à douze heures par jour.

Pour moi et beaucoup d'autres, il y a peu voire aucune séparation entre le travail et la vie à la maison et cela est éprouvant, c'est le moins qu'on puisse dire.

Mais nous faisons de notre mieux et tout le monde est dans la même situation. Ce qui est difficile, c'est que tous les partenaires avec lesquels nous travaillons habituellement sont aussi à la maison, donc le flux d'informations peut souvent être compromis et la plupart d'entre nous n'ont pas d'accès direct aux titulaires de droits. La principale leçon que nous avons tirée est donc de savoir être créatifs et accessibles dans ces circonstances difficiles. Nous devons nous adapter à cette « nouvelle normalité » sans compromettre l'objectif : la protection et la promotion des droits de l'homme.

Quels ont été les principaux défis et leçons tirées jusqu'à présent pendant la pandémie ?

Cela a été une énorme expérience d'apprentissage, en particulier pour ce qui est de maintenir le mandat unique du HCDH sur le terrain : veiller à ce que les droits de l'homme ne soient pas oubliés, même durant les restrictions et les états d'urgence à travers le monde.

Durant cette crise, il est essentiel de pouvoir réagir très rapidement. La situation change constamment, donc nous devons nous adapter et réagir à tout fait nouveau, souvent dans l'heure qui vient. Durant cette pandémie, rien ne peut être laissé de côté ou remis à plus tard, car les droits de l'homme sont en jeu. L'un des plus grands risques est qu'une fois les restrictions levées, nous perdions l'attention portée aux groupes et aux individus les plus touchés par les négligences structurelles.

Pourquoi est-il important de soutenir les droits de l'homme pendant cette pandémie ?

Rien n'a changé pour nous, nous continuons à veiller à ce que les droits de l'homme soient au cœur de la réponse de l'ONU. En ce qui concerne la lutte contre la COVID-19, nous avons constaté qu'il ne s'agit pas seulement de sauver des vies, mais aussi de sauver la dignité humaine. Si nous n'intégrons pas les principes fondamentaux de non-discrimination, d'égalité et de dignité humaine dans la réponse à cette crise, nous ne serons pas à la hauteur et certains seront sans aucun doute laissés pour compte.

Défendre les droits de l'homme permet de promouvoir, préserver et protéger la dignité humaine.

27 mai 2020


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