Les voix du terrain – Bélarus : défendre les droits des personnes vulnérables face à la pandémie


Omer Fisher, spécialiste des droits de l’homme pour le HCDH au Bélarus

Malgré 54 680 cas enregistrés au moment de la rédaction du présent article, le Bélarus a adopté peu de mesures relatives à l'éloignement physique pour lutter contre la pandémie de COVID-19. Jusqu'à présent, 312 personnes sont décédées (source : Organisation mondiale de la Santé).

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) se concentre en particulier sur les droits de l'homme des groupes vulnérables, comme les personnes en détention et les personnes handicapées.

Omer Fisher est le conseiller principal pour les droits de l'homme du HCDH au Bélarus.

Quels sont les principaux enjeux liés aux droits de l'homme au Bélarus face à la pandémie ?

Le Bélarus est assez unique en Europe, dans le sens où il n'y a pas eu de confinement ni de mise en quarantaine au niveau national.  Le Gouvernement a adopté très peu de mesures d'éloignement physique en réponse à la pandémie. À plusieurs égards, la vie continue comme à l'accoutumée, les écoles, les centres commerciaux, les restaurants et les cafés, de même que les lieux culturels et de loisirs sont ouverts. Pourtant, depuis un certain temps, au moins à Minsk, nous constatons que les rues et les lieux publics sont moins fréquentés. Certaines entreprises et organisations, dont les Nations Unies, ont rapidement pris des mesures pour permettre à leur personnel de travailler de leur domicile.

Le nombre d'infections est élevé, à hauteur de 800 nouveaux cas par jour. 

La question est de savoir dans quelle mesure les mesures gouvernementales sont efficaces pour combattre l'épidémie.  Les inquiétudes portent aussi sur la communication des risques par le Gouvernement, ainsi que sur la possibilité de faire entendre la voix de la société civile et des groupes les plus vulnérables, afin de veiller à ce que leurs besoins soient satisfaits et que personne ne soit laissé pour compte.

On compte parmi ces groupes vulnérables le personnel de santé, mais aussi les personnes âgées, les personnes vivant dans des établissements fermés, les personnes privées de liberté et les personnes en détention. Les prisons surpeuplées sont malheureusement des endroits propices à la propagation de la COVID-19. Les personnes handicapées, dont beaucoup vivent dans des établissements de soins, sont également une source d'inquiétude. Ils ont désormais très peu de contact avec le monde extérieur, ce qui a un impact sur leur santé mentale. En outre, comme c'est cas dans d'autres pays, les personnes vivant das ces institutions sont confrontées à un très haut risque d'infection.

Que fait le HCDH pour protéger les droits de la population bélarussienne ?

Nous concentrons nos efforts sur les groupes vulnérables que je viens de citer. Outre les recommandations que nous avons conçues pour répondre spécifiquement au contexte du Bélarus quant à la lutte contre la pandémie, nous renforçons nos activités sur certains points en particulier. Nous fournissons des orientations au Ministère de l'intérieur concernant les personnes en détention.

Afin de protéger les droits des personnes handicapées, nous travaillons en collaboration avec le Ministère du travail et de la protection sociale dans le but de mettre en commun les meilleures pratiques, des recommandations et des enseignements tirés d'autres pays pouvant déjà partager leurs expériences – malheureusement parfois douloureuses.

Une part importante de notre travail consiste à être en contact avec les communautés locales et à travailler avec des ONG, en particulier pour évaluer l'impact de la pandémie sur les groupes vulnérables.

Notre objectif global est de garantir que les droits de l'homme sont au cœur des mesures prises face à la pandémie. Nous collaborons avec le coordonnateur résident et les organismes des Nations Unies dans le pays, ainsi qu'avec les autorités et les communautés, pour rendre cela possible.

Comment la COVID-19 a-t-elle affecté votre travail ? Quelles sont les principales difficultés ?

Dans le concret, nous avons dû repenser les ateliers, sessions de formation et conférences que nous avions prévus. Nous avons dû nous adapter et utiliser les outils à notre disposition pour être en mesure de fournir cette partie très importante de notre travail en ligne. En outre, le contenu de notre travail a changé. Nous nous focalisons à présent sur les besoins immédiats en matière de droits de l'homme résultant de la pandémie, ce qui ne faisait évidemment pas partie de notre travail auparavant.

Ces circonstances imprévues changent d'un jour à l'autre. Nous devons réagir très rapidement. Nous devons être flexibles.

En ce qui concerne les enseignements que nous en avons tirés, je pense que nous serons mieux en mesure de les définir dans les prochaines semaines et les prochains mois. Il est encore trop tôt. Une chose est sûre, c'est qu'il est indispensable de lutter contre la discrimination et de ne laisser personne de côté pour que les mesures prises soient efficaces. La protection du droit à la santé de tous est essentielle.

Pourquoi est-il important de soutenir les droits de l'homme pendant cette pandémie ?

On pense souvent à tort que les droits de l'homme sont un obstacle et un frein à l'efficacité des mesures prises en réponse à une situation d'urgence, comme la pandémie actuelle. Je pense que c'est exactement le contraire. Placer les droits de l'homme au cœur de la réponse, impliquer toutes les tranches de la société, y compris les dirigeants des autorités infranationales, les groupes religieux, les organisations communautaires, les organismes professionnels, les médias, les établissements scolaires, les universités et autres institutions d'enseignement supérieur, ainsi que des personnalités du monde du sport et de la culture, sont l'occasion de célébrer les liens entre les peuples, et entre la population et les autorités.

Des flux d'information libres et des activités transparentes aident à combattre la propagation du virus.

Personne ne devrait être laissé pour compte, personne ne devrait souffrir de discrimination. Il s'agit d'une obligation morale et juridique. Mais cela est également dans notre intérêt face à la pandémie. On ne peut pas espérer limiter efficacement la propagation d'une maladie si des groupes entiers de population sont exclus de ces efforts. 


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19 juin 2020

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