Réaliser les droits de l’enfant grâce à un environnement sain


Un enfant participe à la manifestation mondiale sur le climat en 2019 dans la ville de New York © Johannes Eisele / AFP

« Si rien n'est fait pour protéger l'environnement, tous nos efforts pour réaliser nos droits seront brûlés par le soleil et noyés sous la pluie », a déclaré Junior, un jeune militant de 14 ans originaire de Côte d'Ivoire.

Junior a prononcé une déclaration liminaire lors du débat annuel d'une journée sur les droits de l'enfant, organisé à l'occasion de la 44e session du Conseil des droits de l'homme à Genève, en Suisse.

Il était l'un des deux enfants militants à s'adresser lors de la session. Junior intervient auprès d'enfants en Côte d'Ivoire pour leur apprendre à reconnaître leurs droits environnementaux et à dénoncer toute atteinte à ces droits.

La réunion portait sur le rôle primordial du droit à un environnement sûr, propre, sain et durable pour réaliser les droits de l'enfant.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus d'un décès d'enfant de moins de 5 ans sur quatre est dû à un environnement insalubre. Chaque année, les risques environnementaux coûtent la vie à 1,7 million d'enfants de moins de 5 ans.

Ces risques comprennent notamment la pollution de l'air intérieur et extérieur, le tabagisme passif, l'eau insalubre, le manque d'installations sanitaires, les mauvaises conditions d'hygiène et l'exposition à des produits toxiques.

« Un environnement sain ne consiste pas seulement à permettre aux enfants d'être en bonne santé, il s'agit de leur permettre de réaliser leur plein potentiel et de protéger leurs droits », a déclaré Maria Neira, directrice de l'environnement, des changements climatiques et de la santé à l'OMS. « Nous avons écouté les enfants qui manifestaient et nous exigeons que leur avenir soit protégé. L'heure n'est plus à la sensibilisation, mais à l'action. »

Pour Mme Neira, l'action comprend plusieurs priorités : garantir un combustible propre pour le chauffage et la cuisine dans les foyers ; assurer l'assainissement et l'hygiène dans les écoles ; créer davantage d'espaces verts pour les enfants dans la planification urbaine ; réduire l'utilisation de pesticides et de produits chimiques dangereux ; et mieux gérer les déchets dangereux.

La COVID-19 exacerbe les dommages existants

La Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme Michelle Bachelet a déclaré que les effets de la dégradation de l'environnement (dont beaucoup sont totalement évitables) sur les enfants et leurs droits sont aggravés par la pandémie de COVID-19.

« La pandémie est un exemple flagrant de la menace qui pèse sur le bien-être humain provenant des dommages causés à l'environnement », a déclaré Mme Bachelet. « Elle se conjugue à d'autres formes de dégradation de l'environnement, comme la pollution de l'air, qui exacerbe la vulnérabilité des personnes à de graves problèmes de santé lorsqu'elles sont exposées à la COVID-19. »

Michelle Bachelet a insisté pour que la lutte contre la COVID-19 comprenne des mesures efficaces qui reposent sur les droits de l'enfant et qui protègent et bénéficient à ceux qui se trouvent dans les situations les plus vulnérables.

Elle a appelé les États à tenir compte des vulnérabilités spécifiques des enfants et à déployer des efforts soutenus pour les protéger contre les préjudices. Elle a également appelé les entreprises à s'assurer qu'elles protègent les droits des enfants dans leurs activités et leurs opérations.

« Nous ne sommes pas la génération de la destruction, nous sommes la génération de la transformation »

Carmen Juliana, qui est âgée de 15 ans, est la deuxième jeune militante à avoir pris la parole durant le débat. Elle fait partie d'un collectif de jeunes qui lutte contre les conséquences néfastes de l'exploitation minière sur l'environnement en Colombie. Son travail porte sur la façon dont cette dégradation affecte la culture et la tradition des agriculteurs et des peuples autochtones.

« Mesdames et messieurs les dirigeants mondiaux, nous voulons que cette intervention aille au-delà des déclarations formelles », a déclaré Carmen. « Nous ne sommes pas la génération de la destruction, nous sommes la génération de la transformation. Nous exigeons que nos idées, connaissances et pratiques ancestrales constituent la base de la création d'un nouvel environnement sain et harmonieux. »

Carmen estime que les droits environnementaux ont été violés et elle exhorte les décideurs à intégrer les droits des enfants, des jeunes et des adolescents dans l'élaboration des politiques.

Il est temps d'écouter les enfants

Selon David Boyd, Rapporteur spécial sur les droits de l'homme et l'environnement, les États continuent à ignorer les avertissements des scientifiques sur la gravité de la crise environnementale.

Selon lui, si les enfants sont extrêmement vulnérables aux conséquences de l'urgence climatique, les jeunes sont également essentiels pour trouver des solutions à ce problème.

« Si nous voulons véritablement protéger l'intérêt supérieur des enfants, alors répondons à leurs appels à l'action », a affirmé M. Boyd.

Il a appelé le Conseil des droits de l'homme à adopter une résolution reconnaissant que chacun, en particulier les enfants, a le droit à un environnement sûr, propre, sain et durable.

« Nous pouvons et nous devons respecter notre engagement envers les enfants du monde entier et leur assurer un avenir juste et durable », a conclu M. Boyd. « Si nous le reconnaissons et le mettons en œuvre, le droit à un environnement sain pourrait être l'un des droits de l'homme les plus importants du XXIe siècle. »

7 juillet 2020


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