Skip to main content

Notes de conférence de presse Haut-Commissariat aux droits de l’homme

Les ressortissants afghans risquent d’être expulsés du Pakistan

27 octobre 2023

À partir de

Porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme : Ravina Shamdasani

Lieu

Genève

Nous sommes extrêmement alarmés par l’annonce faite par le Pakistan de son intention d’expulser les ressortissants étrangers « sans papiers » présents dans le pays après le 1er novembre, une mesure qui aura des conséquences disproportionnées sur plus de 1,4 million d’Afghans sans papiers se trouvant encore au Pakistan.

Plus de deux millions d’Afghans sans papiers vivent au Pakistan. Au moins 600 000 d’entre eux ont quitté l’Afghanistan après la prise de pouvoir des Taliban en août 2021.

Nous pensons qu’une grande partie des personnes qui font l’objet de cette décision d’expulsion risquent de subir de graves violations des droits humains si elles sont renvoyées en Afghanistan, dont des arrestations et des détentions arbitraires, des actes de torture et d’autres traitements cruels et inhumains.

Les personnes les plus vulnérables sont notamment les militants de la société civile, les journalistes, les défenseurs des droits humains, les anciens responsables gouvernementaux et membres des forces de sécurité et, bien entendu, les femmes et les filles dans leur ensemble qui, en raison des politiques abjectes actuellement en place en Afghanistan, n’ont pas le droit d’accéder à l’enseignement secondaire et supérieur, de travailler dans de nombreux secteurs et de participer à d’autres aspects de la vie quotidienne et publique.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont déjà constaté une forte augmentation des retours vers l’Afghanistan depuis l’annonce de la date limite le 3 octobre. Selon un récent compte rendu du HCR et de l’OIM, le nombre d’Afghans ayant quitté le Pakistan au cours du mois précédant le 15 octobre s’élève à 59 780 personnes. Parmi les personnes rentrant en Afghanistan, 78 % ont cité la crainte d’être arrêtées comme raison de leur départ du Pakistan.

Alors que l’échéance du 1er novembre approche, nous demandons instamment aux autorités pakistanaises de suspendre les renvois forcés de ressortissants afghans avant qu’il ne soit trop tard, afin d’éviter une situation qui serait catastrophique pour les droits humains. Nous leur demandons de continuer de fournir une protection aux personnes qui en ont besoin et de veiller à ce que tout retour futur se fasse de manière sûre, dans la dignité et volontairement, en pleine conformité avec le droit international.

Les déportations menées sans tenir compte des circonstances entourant chaque situation personnelle, notamment les déportations massives, constitueraient des cas de refoulement, en violation du droit international relatif aux droits de l’homme, en particulier de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, à laquelle le Pakistan est un État partie, et du droit international relatif aux réfugiés.

À l’approche de l’hiver, toute expulsion massive ne peut qu’aggraver la grave crise humanitaire qui frappe l’Afghanistan, qui est confronté aux conséquences dévastatrices des tremblements de terre ayant frappé la province de Hérat ce mois-ci, faisant au moins 1 400 morts et 1 800 blessés, selon les chiffres officiels. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), près de 30 millions de personnes ont actuellement besoin d’une aide d’urgence en Afghanistan, le pays comptant 43 millions d’habitants, et 3,3 millions sont déplacées à l’intérieur du pays.

Nous rappelons aux autorités de facto les obligations internationales en matière de droits humains qui continuent de lier l’Afghanistan en tant qu’État et leurs obligations de protéger, promouvoir et réaliser les droits humains.

VOIR CETTE PAGE EN :