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Mauritanie : Malgré les progrès accomplis, encore trop de vies de femmes et de filles brisées, déclarent des expertes de l'ONU

06 Octobre 2023

NOUAKCHOTT (6 octobre 2023) - La Mauritanie a fait des efforts considérables pour l’autonomisation des femmes et des filles en adoptant un quota électoral et des législations interdisant les pratiques néfastes telles que les mariages d’enfants et les mutilations génitales féminines mais des lacunes subsistent et continuent d'entraver les progrès, ont averti aujourd'hui des experts de l'ONU.

"Malgré un cadre institutionnel solide et une volonté politique de faire progresser l'égalité de genre, l'oppression patriarcale associée aux contraintes socio-économiques du pays entravent la participation des femmes et les filles dans la société mauritanienne", a déclaré le Groupe de Travail des Nations unies sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles dans une déclaration à l'issue d'une visite de 12 jours dans le pays.

"La discrimination basée sur le genre est souvent niée ou n'est pas correctement reconnue et comprise dans le pays. Il est indispensable de dissiper les idées fausses afin de réaliser des progrès transformateurs", ont déclaré les expertes. Elles ont appelé les médias à jouer leur rôle clé de catalyseur d'un débat démocratique sain et à amplifier un discours positif sur l'égalité des sexes.

Les expertes ont noté que les attentes discriminatoires quant au rôle approprié des femmes et des filles conduisent à des pratiques néfastes, les empêchant de participer de manière égale à tous les aspects de la société, y compris à la vie politique et économique. Bien que des quotas électoraux aient été introduits en 2006, les femmes continuent d'être exclues de la prise de décision politique, n'occupant qu'une faible proportion des postes électifs et nominatifs aux niveaux régional et municipal.

"La Mauritanie a fait preuve d'un engagement ferme en faveur de l'amélioration de l'éducation et des opportunités économiques pour les femmes et les filles", ont déclaré les expertes. Néanmoins, les taux d'abandon scolaire des filles en raison des mariages d'enfants (39 %) et de grossesses précoces (18 %) constituent les principaux obstacles à leur autonomisation. La participation des femmes dans le marché du travail reste disproportionnellement faible et se concentre principalement dans le secteur informel. Elles sont également confrontées à des défis importants en matière de propriété foncière et immobilière, d'entreprenariat et d'accès au crédit.

"Le pays affiche l'un des taux de mortalité les plus élevés au monde : les grossesses précoces, le manque d'espacement des naissances, les mutilations génitales féminines et l'absence de soins prénataux étant les principales raisons de cette situation alarmante", a déclaré le Groupe de Travail.

Les expertes ont indiqué que les réalités vécues par les femmes et les filles varient considérablement en fonction de leur origine ethnique et de leur situation géographique, celles qui vivent dans les zones rurales étant confrontées à une pauvreté encore plus aiguë, à un accès limité aux soins de santé et à l'éducation, et à des taux plus élevés de mutilations génitales féminines (MGF), de mariages d'enfants et de polygamie.

"Les femmes rurales, les migrantes et les réfugiées, les femmes victimes/survivantes de l'esclavage et les femmes privées de liberté continuent d'être confrontées à des formes croisées de discrimination et de violation des droits", ont-elles déclaré.

Au cours de sa visite, le Groupe de Travail a été frappé par les récits révoltants de violences fondées sur le genre, au sein de la famille et de la communauté, y compris la forte prévalence du viol des jeunes filles, avec l'impossibilité d'interrompre une grossesse, même dans ces cas de crimes assimilables à de la torture.

"Les tabous sociétaux qui empêchent les victimes de dénoncer les violences sexistes doivent être combattus et les opérateurs de justice et de police doivent cesser de blâmer et de revictimiser les victimes, accordant ainsi l'impunité aux auteurs de ces violences", ont déclaré les expertes.

"L'adoption d'une loi intégrale sur la prévention, la protection et la réponse à la violence basée sur le genre est d'une importance capitale", ont-ils ajouté.

Le Groupe de Travail a constaté que la mise en œuvre des lois et politiques existantes était faible et ne s'appuyait pas sur des institutions et des stratégies dotées de ressources. Il a appelé à donner la priorité à une budgétisation sensible au genre dans tous les secteurs publics.

"La Mauritanie ne sera pas en mesure de parvenir à un développement durable sans assurer une participation réelle et égale des femmes et des filles, et la pleine réalisation de leurs droits dans toutes les sphères de leur vie. Le changement doit commencer au sein de la famille et de la culture", ont-elles déclaré.

* Le Groupe de Travail a rencontré des autorités, des parlementaires, des juges et des avocats, des professionnels de la santé et de l'éducation, des organisations religieuses, des femmes en détention, des représentantes d'organisations de la société civile, des filles et des femmes de différentes communautés et des victimes/survivantes de violences basées sur le genre à Nouakchott, Mamghar, Nouadhibou et Bassikounou, y compris au camp de réfugiés de Mbera. Le Groupe de Travail présentera son rapport final au Conseil des droits de l'homme en juin 2024.

Meskerem Geset Techane, Vice-Présidente du Groupe de Travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles composé également par Dorothy Estrada Tanck (Présidente), Elizabeth Broderick, Ivana Radačić, et Melissa Upreti.

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