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Minorités et groupes vulnérables

Un concours d’art international récompense des œuvres d’artistes issus de minorités

03 novembre 2023

« Nsan, dreaming Africa » (Nsan rêve de l’Afrique), technique mixte sur toile, de la série « Looking towards the roots » (regard sur les racines). © Bianca Batlle Nguema

Les premiers prix du concours d’art international pour les artistes issus de minorités de 2023 ont été décernés durant une cérémonie spéciale à Genève (Suisse) à quatre lauréats : Babatunde “Tribe” Akande, Bianca Batlle Nguema, Mehdi Rajabian et Karhoum Dembele.

Aluízio de Azevedo Silva Júnior, Tufan Chakma, Andrew Wong et Elahe Zivardar ont également obtenu une mention honorable.

« Il suffit de passer à peine une minute devant chaque œuvre d’art soumise cette année pour réaliser à quel point il est évident de poursuivre la lutte pour la réalisation des droits des minorités, les raisons sont juste devant nos yeux », a déclaré Alexandra Xanthaki, Rapporteuse spéciale des Nations Unies dans le domaine des droits culturels et membre du jury du concours.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) s’est associé à plusieurs organisations de la société civile, Minority Rights Group International, Freemuse et la ville de Genève, afin de mettre en œuvre la deuxième édition du concours international d’art pour les artistes issus de minorités. Cette année, les artistes ont eu pour objectif d’exposer, explorer et aborder des questions en lien avec l’intersectionnalité et les formes multiples de discrimination à travers leurs œuvres.

Andrew Wong, Elahe Zivardar, Bianca Batlle Nguema, Tufan Chakma, Babatunde “Tribe” Akande, Karthoum Dembele. © Thomas Alboth

(De gauche à droite) Andrew Wong, Elahe Zivardar, Bianca Batlle Nguema, Tufan Chakma, Babatunde “Tribe” Akande, Karthoum Dembele. © Thomas Alboth

« Le concept d’intersectionnalité a remis en question la croyance traditionnelle selon laquelle la discrimination est un axe catégorique unique », a déclaré Mme Xanthaki. « Il souligne le fait que la discrimination fondée sur l’identité des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques coïncide très souvent avec la discrimination et la marginalisation fondées sur d’autres motifs, notamment l’identité de genre ou l’expression du genre, l’orientation sexuelle, le handicap, l’âge ou d’autres facteurs. La discrimination n’est pas simplement ajoutée comme une couche supplémentaire à celle qui existe déjà ; elle devient une boule de neige qui s’abat implacablement sur la vie quotidienne des individus et des groupes et les consume. »

Les lauréats

Award winner Bianca Batlle Nguema painting in her workshop in Tiana, a village close to Barcelona, Spain. © Martina Orobitg and Ariadna Tarifa

La lauréate Bianca Batlle Nguema peint dans son atelier de Tiana, un village proche de Barcelone, en Espagne. © Martina Orobitg et Ariadna Tarifa

Bianca Batlle Nguema, qui est née à Barcelone d’un père espagnol et d’une mère guinéenne, utilise des toiles grand format pour représenter l’existence, les récits et la résilience des personnes d’ascendance africaine et métisses, principalement des femmes, dans les sociétés européennes.

« Mes œuvres m’aident à me voir, à contempler les formes de mon corps, à prendre conscience de la couleur de ma peau et à sentir profondément d’où vient mon âme », a-t-elle expliqué. « Mes peintures m’aident à comprendre le chemin que tous mes ancêtres africains ont parcouru, les combats qu’ils ont menés. »

Le jury a été ému par les peintures pleines de vie de Bianca.

« L’art de Bianca en dit long, car il capture l’essence des femmes de sa communauté avec une clarté qui transcende les mots », a déclaré Abdullah, un photographe rohingya basé au Bangladesh et lauréat du concours de l’année dernière, qui fait partie du jury. « Chaque œuvre témoigne de son imagination transparente, la toile servant à transposer les voix inaudibles. »

In 2020, while Iranian musician Mehdi Rajabian was working on his third album, Coup of Gods, when he was arrested again following the release of a video featuring a female dancer performing his music.

En 2020, alors qu’il travaillait sur son troisième album, Coup of Gods, le musicien iranien Mehdi Rajabiana a de nouveau été arrêté à la suite de la diffusion d’une vidéo montrant une femme dansant sur sa musique.

Mehdi utilise la musique pour diffuser des messages sur les droits humains et défendre les droits des femmes, la liberté artistique, la liberté de religion ou de conviction et la paix. Ce compositeur, producteur et militant des droits humain iranien a été emprisonné à de nombreuses reprises et accusé de diffuser de la propagande à travers sa musique.

« Je suis convaincu que tout dans l’univers peut être remis en question et c’est ce que j’ai fait jusqu’à présent avec l’art », a déclaré Mehdi. « Garder le silence face à l’oppression, c’est être complice de l’oppresseur. Je ne peux pas garder le silence. »

The Words, Lagos, Nigeria, 2023, Digital Drawing and Acrylic by Babatunde “Tribe” Akande. © Babatunde “Tribe” Akande

« The Words » (les mots), Nigéria, 2023, dessin numérique et acrylique par Babatunde “Tribe” Akande. © Babatunde “Tribe” Akande

Originaire de Lagos, au Nigéria, Babatunde "Tribe" Akande, adepte de contes et artiste multimédia autodidacte, est queer et non binaire, et s’identifie comme membre de la communauté yoruba. Ses œuvres s’appuient sur la complexité des identités individuelles et sur l’existence d’expériences intersectionnelles de la discrimination.

« En reconnaissant la force de nos mots et des histoires que nous racontons, nous pouvons encourager les efforts collectifs pour combattre et éradiquer les attitudes préjudiciables comme l’homophobie, le racisme et la misogynie, et œuvrer à la construction d’un monde plus inclusif et plus compatissant où la compréhension et l’acceptation priment », a déclaré Babatunde.

Nous voulons jouer! (We want to play!), Puteaux, France, April 2022, analogue photography by youth laureate Karthoum Dembele. © Karthoum Dembele

« Nous voulons jouer ! », Puteaux, France, avril 2022, photographie analogique de la lauréate Karthoum Dembele. © Karthoum Dembele

Karthoum Dembele, une artiste française musulmane d’origine malienne âgée de 21 ans, a découvert sa passion pour la photographie analogique lorsqu’elle a rejoint Hijabeuses, une organisation de la société civile qui défend le droit des femmes musulmanes à porter le voile lors des compétitions officielles de football en France.

« Au début, le foot était ma passion, mais c’est aussi devenu un prétexte pour défendre mes droits », a expliqué Karthoum. « J’utilise la photographie comme un outil pour montrer au monde que nous sommes toujours aussi radieuses et déterminées à contribuer, à notre manière, à l’avènement d’un monde meilleur où chaque personne peut exercer pleinement tous ses droits. »