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Jeunes

« On ne peut pas rester les bras croisés à attendre que le monde change »

27 Novembre 2023

Evelyn Adzovi Addor, militante pour le climat © Evelyn Adzovi Addor

Lorsqu’Evelyn Adzovi Addor, militante pour le climat, se remémore son enfance dans son village rural du Ghana, elle repense avec nostalgie à la saison des pluies, lorsque le sol était recouvert de fleurs et de fruits.

« Il y avait des papillons de partout », se souvient-elle. « Quand je rentrais de l’école, je cueillais des oranges des arbres. Mais tout a changé. On ne voit pas de papillons voler au-dessus des arbres fruitiers en fleurs. Cela me met en colère, et j’ai commencé à remarquer des changements il y a seulement 10 ans. »

Evelyn a vu de nombreuses communautés du Ghana subir des pertes et des préjudices similaires en raison des changements climatiques : leurs terres autrefois fertiles sont devenues stériles et les étendues d’eau se sont asséchées en raison de la sécheresse et de la perte de biodiversité essentielle.

Elle a récemment participé à une réunion-débat du Conseil des droits de l’homme sur la participation des jeunes aux processus décisionnels liés aux changements climatiques et à l’environnement, qui a eu lieu durant la 54e session du Conseil des droits de l’homme à Genève, en Suisse. Evelyn est négociatrice spécialiste des questions climatiques pour le Ghana, chargée de communication pour EcoCare Ghana et membre du Programme des jeunes négociateurs pour les questions climatiques.

« Face aux effets de la triple crise planétaire causée par les changements climatiques, la perte de biodiversité et la pollution, qui se font déjà dramatiquement sentir aujourd’hui, ce sont les jeunes et les générations futures qui en subiront les conséquences », a déclaré Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, lors de la réunion-débat. « Ce sont également les jeunes qui se sont manifestés, avec détermination et créativité, pour exiger des gouvernements et des entreprises des mesures immédiates et ambitieuses face à cette crise sans précédent pour la planète et les droits humains. »

Selon Evelyn, en Afrique, le nombre de jeunes âgés de 15 à 24 ans devrait atteindre 830 millions d’ici 2050.

« Les jeunes sont confrontés à des risques accrus pour leur santé, notamment des problèmes respiratoires, la malnutrition, des maladies infectieuses et des décès », explique-t-elle. « Les changements climatiques ont des répercussions sur le bien-être mental, notamment sur l’anxiété, la peur et le sentiment d’impuissance. En outre, les changements climatiques menacent notre avenir en compromettant l’accès à des droits fondamentaux tels que l’eau potable et un environnement sûr. »

Il est essentiel de reconnaître ces impacts et d’y remédier pour protéger le bien-être et l’avenir des jeunes en Afrique et dans le monde.

Evelyn Adzovi Addor, négociatrice spécialiste des questions climatiques pour le Ghana

Evelyn souligne que les femmes, en particulier les jeunes femmes, sont touchées par la pénurie d’eau et d’autres effets liés aux changements climatiques, car ce sont généralement les jeunes femmes qui sont chargées de collecter l’eau à des fins domestiques.

« Cela a un impact négatif sur leur éducation et perpétue les inégalités entre les hommes et les femmes », affirme-t-elle. « Lorsque des catastrophes climatiques surviennent, ce sont les femmes, les enfants et les jeunes qui en souffrent le plus. »

Participation des jeunes à la prise de décisions

C’est pour ces raisons qu’Evelyn tient à souligner l’importance d’inclure véritablement les jeunes dans le processus décisionnel et les progrès importants réalisés à l’échelle locale et internationale afin de faire participer les jeunes aux décisions.

Elle salue le Programme des jeunes négociateurs pour les questions climatiques, l’initiative phare de l’Académie des jeunes négociateurs. Ce programme, auquel elle a récemment participé, forme, relie et prépare les jeunes négociateurs à participer de manière significative et efficace aux négociations dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), et a rassemblé plus de 200 jeunes de près de 60 pays afin de leur offrir une formation et un soutien en matière de diplomatie. Ce programme intergénérationnel mondial vise à remédier aux inégalités systémiques liées à la représentation des jeunes dans les négociations et les processus décisionnels en s’attaquant aux causes profondes et en suscitant des changements à l’échelle des systèmes afin de garantir la place significative des jeunes à long terme dans les négociations multilatérales.

« Le travail accompli par les jeunes négociateurs a suscité l’enthousiasme de la jeunesse ghanéenne en faveur d’une action climatique, et de nombreux jeunes commencent aussi à s’impliquer », indique-t-elle.

Bien que des progrès aient été réalisés, l’accès à l’éducation aux changements climatiques est un obstacle évident pour de nombreux jeunes qui les empêche de participer de manière significative, selon Evelyn.

« La plupart des jeunes, en particulier dans les pays en développement, n’ont pas reçu une éducation de base sur les changements climatiques, ses effets et les solutions possibles », explique-t-elle. « Ce manque de connaissances empêche l’adoption de modes de vie favorisant l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation de ses effets. »

Un autre obstacle est l’accès au financement pour soutenir le développement de solutions innovantes chez les jeunes, ajoute-t-elle.

Il n’y a pas de temps à perdre, selon elle.

« Les changements climatiques auront un impact sur vous, et non pas seulement en Afrique », prévient-elle. « Il est important que chacun d’entre nous prenne des mesures dès maintenant, aussi modestes soient-elles. Ne restons pas les bras croisés à attendre que le monde change ».